Parler trop : ce que votre cerveau essaie peut-être de vous dire

On les appelle parfois « les moulins à paroles », « ceux qui monopolisent ». Mais si on cessait de juger les bavards pour enfin comprendre ce qui se passe dans leur cerveau ?

Parler beaucoup, ce n’est pas seulement une habitude sociale. C’est un phénomène neuropsychologique qui peut être lié au stress, à la gestion des émotions, à des expériences passées ou à un besoin profond de s’ancrer dans le lien.


Pourquoi parle-t-on trop ? La réponse du cerveau

1. Le stress déclenche une hyperactivation verbale

Quand le cerveau perçoit une menace (même symbolique), il active le système nerveux sympathique : accélération du rythme cardiaque, tension musculaire, respiration plus courte… et parfois : logorrhée.

La libération de cortisol stimule notamment l’activité du cortex préfrontal gauche (zone du langage) tandis que l’amygdale (centre des peurs) reste suractivée. Résultat : la parole devient un moyen de « reprendre le contrôle » face à l’inconfort.


2. La parole comme stratégie de régulation

En psychologie cognitive, parler permet de réduire l’intensité des émotions. On appelle cela l’étiquetage verbal (affect labeling). Dire ce qu’on ressent active le cortex préfrontal et inhibe partiellement l’amygdale. C’est donc une stratégie naturelle (et saine !) pour se calmer.


3. Les profils « hypers » parlent plus

Les personnes hypersensibles, anxieuses ou ayant vécu des traumatismes parlent souvent davantage. Ce n’est pas du narcissisme :

  • Elles perçoivent plus de stimuli
  • Leur cerveau les traite en profondeur
  • Et la parole permet de « vider le disque dur »

4. Le lien entre dopamine, attachement et bavardage

Parler active le circuit de la dopamine, notamment lorsqu’on est écouté, validé, compris. Pour les cerveaux en manque de sécurité affective, cela peut devenir une « recherche de dose » :

« Je parle donc je me sens en lien, donc je suis sécurisé. »

C’est d’ailleurs un comportement observé chez les enfants ayant un attachement insécurisant, ou chez les adultes ayant souffert d’invisibilité affective.


5. Le paradoxe du lien : sociables en apparence, mal à l’aise en profondeur

Certaines personnes qui parlent beaucoup donnent l’impression d’être à l’aise socialement, voire extraverties. Mais en réalité, beaucoup d’entre elles souffrent d’un passé marqué par le rejet, l’abandon ou la peur de ne pas être suffisantes.

Parler devient alors une armure sociale : un moyen de remplir le silence, d’éviter la vulnérabilité, de prouver qu’on mérite une place. Mais cette hyperadaptation peut masquer un profond inconfort relationnel, et un besoin d’amour et de validation jamais comblé.


Quand faut-il s’en préoccuper ?

Parler beaucoup est normal. Parler trop, au point de :

  • Ne plus laisser respirer l’échange
  • Se sentir « envahissant »
  • Se vider en parlant sans être soulagé
  • Culpabiliser ensuite
  • Sentir que les autres se protègent

… peut indiquer que la parole est devenue une fuite, non plus un lien.

Par exemple, dans un cadre professionnel, parler trop sous l’effet du stress peut être mal interprété : comme un manque de concentration, une prise de pouvoir, voire un défaut de discrétion. Cela peut mettre en péril sa place dans l’équipe, même si l’intention était simplement de se rassurer.

Cette réaction est plus fréquente qu’on ne le croit, et de nombreuses personnes en poste se retrouvent en difficulté pour cette seule raison. Mais il est possible de réguler cela.



« Parler trop, c’est parfois juste l’écho d’un cœur qui cherche à rassurer ce que le silence a blessé. »
Julie Eldert


🌿 Que faire ? Conseils issus des neurosciences et de la pleine conscience

1. Observer le contexte du débordement verbal

Quels événements, quelles personnes, quelles émotions précèdent ces phases de « trop » ?

📏 Astuce : tenez un carnet d’observation ou notez vos ressentis sur votre téléphone après des conversations marquantes.

2. Ramener le corps dans la boucle

Respiration profonde, automassage, boire de l’eau, toucher un tissu… ces gestes réengagent le système parasympathique et permettent de ralentir le flux verbal.

3. Ralentir l’entrée en parole

Avant de répondre ou de parler, s’entraîner à faire une pause de 2 secondes. Cela permet de :

  • Revenir à l’instant présent
  • Laisser l’autre émerger
  • Se demander : « Est-ce nécessaire maintenant ? »
4. Proposer un espace de parole choisi

Plutôt que de parler sans filtre, on peut dire :

« J’ai beaucoup à dire, tu es dispo pour m’écouter maintenant ou plus tard ? »

💬 Cela restaure le respect mutuel et renforce la qualité du lien.

5. Revenir au silence sécurisant

Le silence peut faire peur. Mais s’entraîner à le goûter, à le partager, à le vivre comme un lien et non comme un vide, est une véritable rééducation affective.

6. Être accompagné si besoin

Quand la parole devient une compulsion, un accompagnement psycho- ou neuro-thérapeutique peut aider à identifier les racines (attachement, sécurité interne, hypervigilance…).


Un exemple : quand l’expérience devient le déclic

Certains le vivent au travail. Le stress de bien faire, de mal paraître, de décevoir, fait monter une tension interne. Et cette tension cherche une sortie : la parole.

Je connais bien cela. Alors voici ce que j’ai commencé à mettre en place depuis ce soir :

  • J’écris ce que j’ai envie de dire, plutôt que de le dire tout de suite
  • Je respire 3 fois avant de prendre la parole
  • Je m’autorise à rester silencieuse, même si ça me met mal à l’aise
  • Je me rappelle que le silence ne veut pas dire que je ne vaux rien

Ce sont de petites actions, mais elles changent déjà quelque chose.


En conclusion : et si on écoutait aussi les « bavards » ?

Parler trop n’est pas un défaut. C’est souvent :

  • Une stratégie adaptative
  • Une tentative de lien
  • Une mémoire du corps qui cherche à rassurer le cerveau

Plutôt que de faire taire, essayons de comprendre. Et pour ceux qui se reconnaissent dans ces lignes : vous avez le droit d’exister, même dans le silence.

Parfois, se taire, c’est aussi une façon d’apprendre à s’écouter vraiment.

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